La Palme d’Or, un scénario gastronomique signé Jean Imbert
En imaginant le scénario de La Palme d’Or, restaurant gastronomique de l’Hôtel Martinez, Jean Imbert rend hommage au 7ème art célébré par la ville de Cannes. Le chef propose une expérience dont nous sommes à la fois les spectateurs et les convives, en liant ses deux passions que sont la cuisine et le cinéma.
On entre à La Palme d’Or parée d’un tout nouveau décor que l’on doit au designer Rémi Tessier, avec la fébrilité de se sentir embarqué dans un film d’aventures marines légendaire. Nous sommes confortablement installés à bord d’un luxueux yacht dont l’agencement s’inspire de l’élégance du célèbre Christina O avec son bar en bois laqué, sa cabine privée où l’on peut apprécier un dîner exclusif à la table du chef, ses hublots qui révèlent mille surprises. Le pont offre une vue splendide sur la Croisette scintillante et baignée d’une lumière dorée digne des plus grands cadreurs et directeurs de la photographie du cinéma. Le grand écran s’ouvre sur le ciel flamboyant d’un soleil couchant sur la baie de Cannes. Le long métrage gastronomique est présenté en sélection officielle : une palme d’or monumentale embrasse la grande table du jury et un lustre majestueux stylisant un palmier sous un feu d’artifice nous entraîne dans la magie du Festival. Deux objets d’art luminaires conçus par la lustrerie Mathieu. Des objets iconiques de film cultes et d’acteurs légendaires, ainsi que des dédicaces de réalisateurs, pépites collectionnées avec passion, ponctuent l’espace pour nous émerveiller de la magie du 7ème art. La séance peut commencer, le film s’annonce captivant comme une épopée marine au cours de laquelle on va retenir notre souffle pour vibrer au rythme de séquences gustatives empreintes d’émotions que seul le cinéma peut sublimer de son imaginaire.
Les acteurs en salle, dirigés par Mathieu Maisonobe, dans leurs costumes signés Aimé Leon Dore, vont interpréter avec une grâce enthousiaste le récit d’une aventure à la recherche des trésors de la méditerranée. Le story board conçu par les designers Violaine et Jérémy entre les mains, une tuile palme d’or croustillante à grignoter, nous voilà transportés en haute mer, dans le sillage des bulles transparentes que les plongeurs envoient à la surface des eaux bleues azur. Les assiettes en verre soufflé par les artisans de Biot et la vaisselle en céramique aux formes de fonds sous-marins déploient un décor résolument immersif.
Nous embarquons avec un panier de provisions locales : délicieuses panisses au chèvre, anchois en salicornes et romarin fumé, moelleuse focaccia à partager et à déguster dans un bain d’huile d’olive. Larguez les amarres, cap en direction du golfe de Gênes, sur la piste d’un premier trésor caché dans les eaux profondes : le gamberoni que l’on découvre dans une scène gustative inaugurale saisissante. La chair croquante et juteuse de ces crustacés d’exception explose d’une saveur iodée, dans le contrechamp ensoleillé d’une douceur de mangue relevée de notes acidulées vivifiantes. Plan sur une riviera aux couleurs radieuses que les embruns surgis d’un bouillon concentré marin éclaboussent de leur puissance. La méditerranée dans tous ses états ! Le rythme des émotions est palpitant. Une vague va déposer son sel sur des rougets pêchés au lever du jour pour les mariner, avant que la flamme des premières rayons de soleil ne vienne les caresser. Ils sont prêts à être dégustés, dans les nuances de tons corail d’une rouille aux agrumes. Un deuxième joyau dans les filets et une révélation ardente : le foie de rouget en trophée sur son toast. Intensité narrative.
Suspens… On pressent, après cette entrée en matière, que se profile une rencontre de taille et un défi à relever : la mission consiste à recueillir la partie la plus noble d’une des espèces les plus imposantes. On retient son souffle le temps d’un plan focal sur une ventrèche de thon au fondant ultime, mission accomplie, scène de tendresse sur une mer apaisée, caresse d’un citron confit et promesse d’une fleur de courgette qui cache un coeur de taboulé aux herbes aromatiques. Le calme avant une nouvelle tempête ? Moment de tension au cœur du film : voilà que surgit des eaux de la Méditerranée un drôle de poisson : le chapon, qui cache bien son jeu. Rouge comme le danger, dans son camouflage hirsute, il va se révéler d’une finesse incroyable grâce à une gestuelle dont la précision apparaît en gros plan, devant les convives, pour un service à table impeccable. Nous découvrons une singularité de chair ferme et savoureuse sous une peau croustillante, baignée dans une soupe de poissons de roche. La quintessence de la Méditerranée. Mais le scénario réserve encore un rebondissement gustatif : nous allons découvrir une part méconnue de ce redoutable poisson avec la dégustation de ses joues soyeuses dans une sauce onctueuse et corsée. Captivant.
L’épopée va s’achever avec un happy end qui s’annonce dans un nouveau plan séquence. Rien ne se déroule comme prévu et c’est une intrigue des plus audacieuses qui se noue entre la pistache, la fleur d’oranger, l’avocat et l’olive dans un jeu de textures brillamment mené par Loïc Voron et l’équipe de pâtissiers. Avant un dénouement infiniment délicat : un mariage subtil entre le parfum de la fraise des bois, la note aromatique de menthe poivrée et le chèvre frais dans une voluptueuse robe de meringue. Sublime. L’épilogue ? Quelques frivolités gourmandes sur l’ardoise du clap de fin. That’s all, folks ! La suite de l’histoire ? À chacun de l’écrire, de la prolonger, de poursuivre son rêve. On sort de la salle les yeux émerveillés et les papilles en émoi. Jean Imbert nous a emmenés dans un imaginaire intemporel, par la magie d’un cinéma culinaire et la malice d’une caméra qui a su immortaliser les dialogues savoureux d’une de ces belles histoires qui enchantent la mémoire d’une vie.
Entre-temps le soleil s’est couché sur la Croisette, les palmiers pétillent dans leur robe de soirée, un tapis rouge éclaire le bord de mer. Jean Imbert reçoit une Palme d’Or, lui qui cuisine comme un cinéaste, humble sous le regard des légendes du septième art. Prix spécial du jury pour les chefs Alexandre Elia et Christophe Nannoni, prix de la mise en scène pour Mathieu Maisonobe. Prix d’interprétation féminine et masculine pour les acteurs en salle. Cannes est toujours un Festival !
La Palme d’Or restaurant – Hôtel Martinez Cannes




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